En 1520, Charles Ier a vingt ans et règne sur la Castille depuis quatre ans. Élevé en Flandre, il arrive pour la première fois en Espagne en 1517, entouré de conseillers flamands. Les Cortes de Valladolid ont accordé de nouveaux impôts ; une partie des ressources sert à financer son élection à la tête du Saint-Empire, un titre éloigné des besoins de la Castille.
Les villes résistent. Marchands, artisans, représentants urbains et une partie de la petite noblesse se rassemblent dans les communautés castillanes et forment une Junta. Leurs exigences sont claires : arrêter les nouveaux impôts, réserver les charges aux habitants du royaume et cesser de financer avec les ressources castillanes des projets décidés ailleurs. Lorsque Charles quitte l’Espagne en mai 1520 pour prendre la couronne impériale, la révolte a déjà commencé.
La Junta rencontre à Tordesillas la reine Jeanne, mère de Charles. Elle y est enfermée et écartée du pouvoir. Les Comuneros cherchent son soutien pour légitimer leur cause, mais elle ne signe ni leurs requêtes ni leurs décrets. Invoquer son nom ne signifie pas avoir son appui.
Ce soulèvement précède le socialisme et le prolétariat industriel. C’est un conflit complexe, traversé d’intérêts différents, sur le gouvernement de la Castille, ses impôts et ses institutions. Les idées démocratiques et socialistes reviendront plus tard sur cette question du pouvoir de la communauté, dans un autre contexte historique.
Les troupes royales battent l’armée des Comuneros à Villalar le 23 avril 1521. Le lendemain, Juan de Padilla, Juan Bravo et Francisco Maldonado sont exécutés. Mais la résistance continue : María Pacheco, veuve de Padilla, tient Tolède contre la Couronne pendant des mois. La dernière ville résistante tombe en 1522.
L’idée que le pouvoir doit répondre devant la communauté, et pas seulement devant la personne sur le trône, revient dans les débats et les luttes ultérieurs. La mémoire des Comuneros évolue elle aussi : le récit de la révolte et la question de savoir qui le raconte restent disputés.
UN DÉTAIL DE PLUS
Une formule liée au débat des Comuneros l’exprime avec force : « Quel reyno manda al rey: y no el rey al reyno » — le royaume commande au roi, et non le roi au royaume. La question reste actuelle : d’où le pouvoir tire-t-il sa légitimité, et devant qui doit-il répondre ?
POUR ALLER PLUS LOIN
- Ministère espagnol de la Culture — 500 ans de la guerre des Communautés de Castille — contexte et documents des Archives générales de Simancas.
- Archives générales de Simancas — La sentence contre les Comuneros — un regard sur les sources de l’époque.
- Université Complutense de Madrid — « Quel reyno manda al rey: y no el rey al reyno » — un article universitaire en accès libre sur la légitimité et la représentation.