Le propriétaire voit un actif ; la famille voit son foyer. Cette différence explique pourquoi construire davantage ne suffit pas à résoudre la crise du logement. Sous le capitalisme, les terrains et les immeubles produisent des loyers, des plus-values et du pouvoir pour ceux qui les possèdent. Le besoin de se loger est subordonné à la perspective du profit. Il ne s’agit pas d’accuser quelqu’un d’habiter le logement dont il est propriétaire. La question est de savoir qui contrôle le logement et à quoi il sert.
Une grève contre les loyers
À Barcelone en 1931, les travailleurs au chômage et les familles entassées dans des logements surpeuplés réclament une baisse de 40 % des loyers. Le syndicat du bâtiment de la CNT crée un Comité de défense économique, et la grève gagne les quartiers ouvriers. Le refus collectif de payer permet de contester un rapport de force qu’aucun ménage isolé ne pouvait changer. Expulsions, répression et solidarité de quartier se répondent. La force décisive est l’organisation collective. La CNT raconte cette lutte (en espagnol).
Le conflit dépasse Barcelone. Partout où le logement est d’abord un placement, un propriétaire peut gagner en augmentant les loyers, en attendant la hausse du foncier ou en chassant les habitants. Les locataires ont besoin de sécurité ; le capital cherche un rendement. Cette contradiction traverse les villes du monde entier.
Un autre point de départ : construire pour habiter
Le logement socialiste part d’une autre question : combien de logements faut-il, et comment les construire et les répartir ? À partir de 1957, l’Union soviétique lance une construction massive qui transforme l’accès à un appartement indépendant. Une recherche fondée sur les archives soviétiques recense 38 millions d’appartements construits pendant cette campagne. L’État, les soviets locaux et les lieux de travail attribuent les logements selon des critères de besoin et de priorité, plutôt qu’au plus offrant.
Cuba emprunte une autre voie : sa réforme urbaine de 1960 transforme de nombreux locataires en propriétaires de leur logement. Ces solutions différentes rompent avec une même idée : se loger ne doit pas enrichir un rentier. Construction, rénovation et attribution sont des choix politiques qu’une société peut organiser autour des besoins de sa population.
Un jeu de société que vous connaissez déjà
Même le Monopoly naît d’une critique du monopole foncier. Lizzie Magie fait breveter The Landlord’s Game en 1904 ; une édition ultérieure comprend les règles « Prosperity », destinées à améliorer la situation du joueur le plus pauvre. Magie défend le géorgisme, mais elle comprend une idée essentielle : les règles décident de qui gagne. Découvrez son brevet et les règles de 1932.
À vous de jouer. Dans La ville n’est pas à vendre, vous pouvez organiser les locataires, construire des coopératives et défendre le logement public contre les spéculateurs. Les scénarios sont fictifs, inspirés de processus réels ; chaque carte distingue les mécanismes de jeu du contexte historique et renvoie à ses sources.
POUR ALLER PLUS LOIN
- Friedrich Engels, La Question du logement (1872–73) — pourquoi la question du logement est liée au mode de production.
- CNT, histoire de la grève des loyers de 1931 (en espagnol).
- Granma, la réforme urbaine cubaine de 1960 (en espagnol).