Huit heures pour travailler, huit pour se reposer et huit pour vivre. La formule semble élémentaire aujourd’hui. Au XIXe siècle, quand les journées de travail s’étiraient bien davantage, elle pouvait arrêter les ateliers et remplir les rues. Les travailleurs ont dû lutter pour réduire leurs horaires, et les victoires sont venues à des moments différents, sous des formes différentes.
Avant le Premier Mai
Dans un court essai de 1894, Rosa Luxemburg retrace les origines de cette journée ouvrière. Elle rappelle un précédent australien essentiel : le 21 avril 1856, les travailleurs cessent le travail et se réunissent pour réclamer les huit heures. L’action, d’abord prévue pour une seule année, se répète. Au-delà du jour de congé, le geste décisif est la décision collective d’arrêter la production et de rendre visible une revendication.
Aux États-Unis, le mouvement pour les huit heures choisit le 1er mai 1886 pour une grande journée de grèves et de manifestations. Chicago en devient un centre. Le 4 mai, après plusieurs jours de tension et de répression, un rassemblement à Haymarket se termine par une explosion, des tirs et des morts. Huit militants anarchistes sont ensuite jugés. Réduire cette histoire à une « émeute » efface la revendication qui avait mobilisé des milliers de personnes.
Une date commune, une lutte inachevée
En 1889, un congrès ouvrier international décide d’une journée commune pour les huit heures : le 1er mai 1890. La proposition relie les mouvements de différents pays sans nier leurs situations particulières. Ces manifestations n’instaurent pas partout les huit heures d’un seul coup. Elles contribuent à créer une date internationale récurrente de lutte ouvrière.
C’est ce qui compte pour Luxemburg. Dans son essai, le Premier Mai dépasse une seule réforme : tant que le rapport de force reste inégal entre capital et travail, il peut exprimer des exigences plus larges. Un droit peut finir inscrit dans la loi, mais la force qui l’a rendu possible s’est construite auparavant dans les réunions, les grèves et la solidarité.
UN DÉTAIL DE PLUS
L’action australienne évoquée par Rosa Luxemburg a lieu en avril. La date internationale du 1er mai vient ensuite. Son histoire traverse plusieurs pays et plusieurs journées.
POUR ALLER PLUS LOIN
- Rosa Luxemburg, « Quelles sont les origines du Premier Mai ? » (1894) — son récit du passage de la revendication des huit heures au Premier Mai international.
- Bibliothèque du Congrès, archives Haymarket — chronologie et accès à la presse historique sur le conflit.
- Déclarations des accusés de Haymarket (1886) — la voix des accusés et leur témoignage engagé.